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Hervé Le Corre, Après la guerre

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Bordeaux dans les années 50. La Seconde Guerre mondiale est encore dans toutes les mémoires et pourtant, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a déjà commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie. Daniel sait ce qui l’attend. Cet orphelin qui a perdu ses parents dans les camps, travaille comme mécanicien ; il voit un jour arriver au garage un inconnu qui laisse sa moto et repart telle une ombre. Cet homme n’est pas venu par hasard.

C’est dans ce contexte qu’une série d’événements violents se produisent. Une jeune lycéenne est agressée devant chez elle par un individu qui la menace. C’est la fille d’Albert Darlac, commissaire de police qui s’est compromis pendant l’Occupation et n’a pas hésité à faire arrêter des Juifs qu’il a spoliés. Il navigue dans les eaux troubles du proxénétisme et règne en parrain sur la ville. Quelque temps plus tard, le bistrot qui lui sert de quartier général est soufflé par une explosion. Il est bientôt happé par une spirale de violence...

Le Corre n’a pas son pareil pour rendre l’atmosphère délétère de Bordeaux, encore hantée par les fantômes de l’Occupation. Dans ce roman à plusieurs voix, magistralement construit, il fait alterner le champ de bataille urbain de Bordeaux et celui de l’Algérie vu à travers le regard de Daniel. Il confirme l’ampleur de son propos et la variété de son style, passant du langage des bas-fonds à une élégance flaubertienne noire et cruelle pour emprunter des accents lyriques et poignants quand le récit se transporte sur le front algérien. Par la profondeur des questions que le romancier aborde — valeur de la vie humaine, légitimité de la vengeance, jouissance de la violence — il justifie pleinement le jugement de Manchette qui parlait du roman noir comme d’une grande littérature morale.

Source: babelio

Du tout grand art.

On est plus tout à fait dans du polar, car ce bouquin nous parle de la guerre, de l'Indochine, du Vietnam, et surtout de Bordeaux, qui relie tous ces personnages picaresques et parfois fort inquiétants - mais toujours avec une dose d'humanité, même l'infâme Darlac.

Je me réjouis de lire d'autres polars de ce Bordelais que je ne connaissais pas.

– On peut entrer ? À moins que…

Elle ouvre grande la porte et les précède dans un couloir étroit et les mène dans la cuisine. Une lessiveuse est en train de bouillir sur la cuisinière. L’odeur de savon est âcre et piquante. Francis éternue. La femme s’appuie à l’évier et les observe debout tous les deux de l’autre côté de la table, avec leur chapeau sur la tête, leurs regards furetant sous cette ombre rabattue. La pièce est pleine de leur seule présence, on y étouffe.

Darlac sait déjà que ce sera difficile. Il la sent crispée, hostile, méfiante.

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  • Dernière modification: 2021/01/12 19:21
  • de radeff