billets:2021:0516joseph_ponthus_a_la_ligne_-_feuillets_d_usine

Joseph Ponthus, À la ligne - Feuillets d'usine

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer. Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

J’écris comme je pense sur ma ligne de production divaguant dans mes pensées seul déterminé
J’écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne
---
Pourquoi lui m’énerve-t-il autant quand d’autres non pourtant tout aussi cons
Reproche n’étant que projection
Ce collègue ne peut être que moi
Je le crains
Une image de mon côté obscur
---
Ma vie n’aurait jamais été la même sans la psychanalyse
Ma vie ne sera plus jamais la même depuis l’usine
L’usine est un divan
---
Je prie saint Karl pour que le jaune que je puisse sembler être ne soit pas condamné sur l’autel de la révolution industrielle
Mes bras auront tenu
J’espère que la grève tiendra tout autant
En avant Marx

Ola… Ce gars, je ne connaissais pas. C'est mon ami L.F. qui m'a offert ce bouquin, et je l'ai adoré. Ces deux cent soixante-treize pages sont certainement parmi les meilleures que j'ai jamais lues. Il y a de la beauté, de la fulgurance, du politique, du slam, de la poésie, de l'engagement.

Une écriture magnifique, entraînante, et un humour ravageur, noir comme un café napolitain.

L'homme meurt malheureusement à 42 ans et n'écrira donc plus.

C'est dommage, très.

  • billets/2021/0516joseph_ponthus_a_la_ligne_-_feuillets_d_usine.txt
  • Dernière modification: 2021/05/16 20:42
  • de radeff