Nations et nationalismes (E. Hobsbawm)

hobsbawm_nations.jpg Un livre à lire absolument pour toute personne s'intéressant à ces concepts, même s'ils sont, selon l'auteur, moribonds.

La Nation est-elle un concept opératoire pour un historien? Hobsbawm répond clairement par la négative.

Si l'Etat et le nationalisme sont clairement identifiables, "la Nation" est, au mieux, une tautologie.

"La Nation" enterrée dans le prologue, Hobsbawm nous emmène ensuite dans une promenade éclairée à travers les siècles et les conceptions, de Renan à... Hobsbawm, en passant par Lénine, pour nous montrer que le concept de nationalisme est à la fois récent et fluctuent. Et que l'on peut jeter aux orties pratiquement tout ce que les historiens ont écrit sur "les nations", du moins jusqu'au dernier quart du XXe siècle.

Les indicateurs habituels (Etat, langue, territoire) utilisés par le droit international sont eux aussi, analysés dans le détail, et il en ressort qu'aucun ne peut déterminer avec précision l'existence - ou non - d'une nation, qui constitue avant tout un concept idéologique avec une intention politique toujours sous-jacente.

Pour résumer en une phrase: « Les Etats créent les nations, pas l’inverse ».

Dans la fin de son ouvrage, Hobsbawm évoque le parallèle tentant entre nationalisme, xénophobie et fondamentalismes, pour le récuser, même si des points communs peuvent être identifiés.

Il estime enfin que, malgré l'essor du nombre d'Etats à la chute du communisme, le "principe" de l'Etat-nation est en crise profonde, et que le XXIe siècle sera plus certainement le siècle des la mondialisation, avec une dialectique entre cette dernière et les replis identitaires, que celui des Nations.

Extrait

« le nationalisme est un phénomène double : construit essentiellement d’en haut, il doit aussi être analysé par le bas, c’est-à-dire à partir des hypothèses, des espoirs, des besoins, des nostalgies et des intérêts — qui ne sont pas nécessairement nationaux, et moins encore nationalistes — des gens ordinaires. (...)

Trois choses sont claires.

Premièrement, les idéologies officielles des Etats et des mouvements ne permettent pas de découvrir ce qui se passe dans l’esprit des citoyens, fussent-ils les plus sincères de leurs partisans.

Deuxièmement, et plus précisément, nous ne pouvons affirmer que pour la plupart des gens l’identification nationale — quand elle existe — exclut les autres identifications possibles qui constituent l’être social d’une personne, ou leur soit toujours supérieure. En fait, elle est toujours associée à des identifications d’autres types, même quand elle est considérée comme supérieure à celles-ci.

Troisièmement, l’identification nationale, avec ce qu’elle est censée sous-entendre, peut changer et se modifier au fil du temps, même au cours de périodes assez brèves. »

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  • Dernière modification: 2018/10/05 07:48
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