Alain Badiou: Quel communisme ? Entretien avec Peter Engelmann

badiouquelcommunisme.jpg

Dans cet entretien qu'’il a accordé à un journaliste allemand, Alain Badiou revient sur son parcours, sur l’'influence du contexte politique sur sa pensée, sur ses relations avec Sartre, Derrida ou Lacan, sur sa philosophie du sujet notamment, dans laquelle ce n’'est pas l’'infini mais la finitude qui pose problème. C'’est par l'’échange autour de sa lecture de Marx qu’'il en vient à discuter de l'’idée du communisme, et de son actualité possible. Toute la question du rapport entre théorie et pratique se pose alors. Les années de dictature invalident-elles de fait cette idée ? Dans un langage très accessible, Alain Badiou revient ainsi sur l'’un des plus grands malentendus intellectuels du XXème siècle et sur la force de cette idée, qui porte en elle la conviction qu'’un autre type d’organisation de la société est possible.

Note Fred

Un excellent bouquin qui interroge de manière simple et efficace le concept de communisme au XXIe siècle, avec un contradicteur intéressant en la personne de Peter Engelmann, un ex DDR qui n'a pas sa langue dans sa poche.

Extrait

C'était la seconde révolution victorieuse[1], et, comme la première, la seconde aussi a eu des effets mondiaux,gigantesques. Mais derrière, il y avait l'échec de la Commune de Paris. Or la Commune de Paris était porteuse de quantités de choses positives, mais que l'échec a complètement occultées. Elle était beaucoup moins terroriste, beaucoup moins dans l'idée de représentation, plus démocratique au sens élémentaire, elle a rassemblé des tendances différentes mais qui travaillaient quand même ensemble. Malheureusement, ces idées ont été écrasées par l'échec. Et du coup, cela a donné ce qu'on pourrait appeler un communisme militaire, parce que c'est le modèle militaire qui l'a emporté pendant tout le XXe siècle. C'est le modèle militaire, «le socialisme de caserne », selon une expression que nous employons mes amis et moi. La justification de ce modèle, au départ, c'est d'être vainqueur dans l'insurrection. Pour cela il faut la discipline de fer, il faut le sacrifice, etc. ce qui n'est pas complètement faux -, mais après, cela a modelé toute la société. Au fond Staline, c'est la tentative de construire un socialisme militaire à l'échelle du pays tout entier, avec les moyens de la violence, de la prison, de la torture, avec l'idée que si quelqu'un pose un problème, on le tue. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Habitude prise dans la guerre civile aussi : si quelqu'un est contre vous, on le tue.


Note

[1] la révolution de 1917

  • billets/file2292.txt
  • Dernière modification: 2018/10/05 07:48
  • (modification externe)