Une sépulture à CHF 2'500.-

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Avait-on vraiment besoin de se tirer une balle parille dans le pied? Rejeté par TOUS les cantons et par presque 77% de la population, le RBI est laminé. Au moment où toute l'Europe attendait la Suisse novatrice, on a fait preuve d'une terne retenue.

Mais qui est responsable de cet échec?

En évoquant un montant de CHF 2'500.-, les partisans du RBI ont tout simplement enterré le projet: ainsi, Philippe Van Parijs - qui aurait censé être un afficionado a-t-il alimenté le moulin anti-RBI en précisant que ce montant était irréaliste - pour sa part, il préconisait un montant d'une petit millier de franc, complété par une allocation logement, et correspondant mieux aux standards de la conférence suisse des oeuvres d'aide sociale.

Pourquoi ce chiffre, alors que le texte sur lequel on a voté appelait à une déclaration de principe, nullement à du détail d'épicerie? On en vient presque à devenir complotiste et à imaginer des sous-marins (taupes) dans les rangs des rbistes.

En gros, à droite, il y a eu la grosse masse partenalisante / moralisante anti_RBI déjà évoquée dans un précédent billet à laquelle on pouvait s'attendre. Une minorité de droite "éclairée" nettement plus intéressante, divisée en une fraction radicale-ultra-libérale qui souhaitait le RBI pour faire des économies sur les dépenses sociales, et une fraction vraiment éclairée qui voyait bien que ce projet n'était pas pour tout de suite, mais permettait de préparer le terrain pour les années à venir, avant qu'on ne soit obligé de faire quelque chose sans plus en avoir les moyens.

Et puis, il y a la gauche, enfin ce qui en reste. Et je trouve que c'est là le plus navrant. À part le vieil argument du "le RBI va enterrer toutes les prestations sociales, d'ailleurs la droite le défend"[1], on a rien entendu qu'un gros silence assourdissant.

Et moi d'ailleurs, censé être un "spécialiste" de l'allocation universelle - j'étais très actif dans cette question au milieu des années '90 et ai publié plusieurs articles à ce sujet avant internet, voir p. ex. cet article paru dans le fort officiel Journal de l'office fédéral des assurances sociales, je n'ai rien fait, à part en causer à quelques potes dont je ne suis même pas sûr qu'ils aient voté pour.

Que la droite n'ait plus d'idées n'est pas très étonnant, vu qu'elle n'en a plus depuis Napoléon Bonaparte. Ce qui est plus ennuyeux, c'est que la gauche soit pareillement en perte d'idées et de repères.

Qui est-ce qui reste dans le paysage politique?

La grossièreté des protos-fascistes, et c'est elle qui gagne, tous les jours un peu plus.

Y'a des jours où j'aimerais vraiment me faire coupeur de bois aux Ravières.

NB; à Genève, on a quant même un bon tiers de "oui", y'a que ces feignants d9'ultra-gauchistes jurassiens qui nous aient battu. À l'opposé, comme d'hab, les progressistes de Nidwald, 86.84% de non... Back to the mountains!

re-NB: errata:

L'opposition la plus forte est venue du demi-canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, avec 87,4% de «non». Les moins hostiles ont été les Bâlois de la ville (64%), talonnés par les Jurassiens (64,2%). Suivent les cantons de Genève (65,3%), Neuchâtel (68,8%), Vaud (75,3%), Fribourg (75,9%), Berne (77,1%) et le Tessin (78,1%). source: 20 minutes, aka le journal qui vous ment tous les jours


Note

[1] ce qui, au passage, correspond à une tautologie vide de sens

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  • Dernière modification: 2019/12/10 04:44
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