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Philippe Pignarre, Isabelle Stengers , La sorcellerie capitaliste

Dénoncer l’horreur économique ne suffit pas : si la dénonciation était efficace, le capitalisme aurait disparu depuis longtemps… Ce système destructeur tente de nous paralyser en activant des alternatives infernales, du type : « Si vous demandez des droits supplémentaires, vous favorisez les délocalisations et le chômage. »

D’autres peuples ont appelé cela un système sorcier. Ce n’est pas une métaphore, mais la meilleure façon de nommer l’emprise du capitalisme sur nous. Pourquoi avons-nous été si vulnérables ? La croyance dans le « progrès » n’aurait-elle pas nourri notre impuissance ? Comment se protéger collectivement ? Ce livre s’adresse à celles et ceux qui refusent la résignation. Il affirme l’importance politique de collectifs capables de créer de nouvelles manières de résister et la nécessité d’une culture d’apprentissage et de relais.

Le titre m'intéressait pour un projet d'écriture en cours. Le contenu maintenant, je ne sais pas trop. C'est quand même très orienté “Seattle”, récent mais déjà daté. Il y a toutefois pas mal de passages intéressants, notamment sur le lien entre des dinosaures marxistes comme les auteurs (et moi) et des écologistes, greenpeaciens et autres.

L’œuvre de Marx est disqualifiée, alors que son diagnostic est confirmé. (…) Nous voulons penser « avec » ce paradoxe, non contre lui, non pour dénoncer le triomphe de l’idéologie, l’aveuglement de ceux et celles qui ont accepté ce qui est souvent présenté comme un « jugement de l’histoire » : la défaite du marxisme. Cela ne veut pas dire que nous voulions penser « avec » les rhétoriciens de la fin de l’histoire et autres mots d’ordre médiatico-académiques. Mais bien plutôt, par exemple, avec les militant(e) s de Greenpeace, qui refusent de parler de capitalisme mais ont, depuis Seattle, suivi un trajet d’apprentissage qui les a menés des objectifs de protection de la nature vers une thématique axée sur une « équité durable ». Notre défi est d’apprendre nous aussi : d’apprendre à coexister avec eux sans définir comme une fin en soi leur éventuelle « conversion » à la lutte « anticapitaliste ». Nous sommes certes tentés de leur « expliquer » que le capitalisme condamne leur « équité durable » à n’être qu’un songe creux. Mais nous voulons nous donner les moyens d’apprendre de leur pragmatisme déterminé, et cela exige que nous nous demandions ce que nos explications leur apporteraient, sinon un impératif de dénonciation : « Il vous faut dénoncer le capitalisme, responsable de tout ce contre quoi vous luttez. » Or si le capitalisme devait être mis en danger par la dénonciation, il aurait crevé depuis longtemps.

Taylor est toujours le saint patron des « consultants », et le management poursuit le travail de fabrication d’impuissance. Même les relations directes avec les clients sont désormais orientées par des logiciels qui dictent les réponses à faire sans laisser aucune marge de manœuvre aux salariés, et ces relations sont gérées dans des centres d’appels délocalisés à des milliers de kilomètres des centres de recherche et de fabrication avec lesquels il n’y a plus aucun échange nécessaire. Quant aux informaticiens qui mettent en place les nouvelles procédures, ils travaillent avec cœur à créer les instruments qui permettront leur propre interchangeabilité, c’est-à-dire le devenir stupide de leur travail.

notes de lecture (intranet)

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  • Dernière modification : 2022/08/26 05:38
  • de radeff