Mauriciens, enfants de mille races

Ca y est, j'ai fini les deux volumes de DE L’ESTRAC, Jean-Claude, Mauriciens, enfants de mille races, Graphic Press Ltd, Rép. de Maurice, 2004

Cette histoire mauricienne couvre la période de la découverte de l'île jusqu'à son accession à l'indépendance.

On y apprend plein de choses utiles à la compréhension de la société mauricienne actuelle: le paradis perdu, la brutalité de la traite, la ségrégation, le jeu infâme des nantis franco-mauriciens (10% de la population) pour attiser les conflits entre les 90% restants et conserver leur pouvoir oligarchique. Dès 1850, la répartition de la population est fixée, telle qu'on la retrouve aujourd'hui:

sur 400'000 habitants à l'époque, il y a 20000 franco-mauriciens, 2000 britanniques, 6000 chinois, 3000 arabes de Bombay (c'est la seule tranche qui a proportionnellement progressé), 290000 Indiens, 40000 Mûlatres et 40000 Africains.

NB: aujourd'hui il y a un peu plus d'un million d'habitants sur l'île.

Quelques extraits:

Volume 1:

(Fin XVIIIe) "Désormais, dans la colonie en pleine expansion, ces peuples venus d'ailleurs, ces communautés ethniques et culturelles disparates, enrichies de métis nés dans l'île d'unions licites et illicites, vont devoir apprendre à vivre côte à côte sur la même terre exiguë. Côte à côte, mais pas ensemble... " (98)

"Le jour de la mort est le seul où le Nègre goûte l'oubli de la vie sans le réveil du fouet." (155)

(sous Louis XVI) "on avait laissé le Port-Louis se remplir de gens inutiles, d'accapareurs de marchandises, de brocanteurs" (198) - à relier avec les articles de journaux de décembre 2006, qui parlent aussi de lutter contre les vendeurs de rue!

(document de 1806) "Le jeu devint une passion à laquelle les créoles se livrèrent avec frénésie" (223), à relier à la dissémination incroyable de "Casinos" sur l'île aujourd'hui, dont je me suis fait refouler avec S.R. alors que je croyais entrer dans un grand magasin...

Volume 2:

"le gouvernement français offrait un grand nombre d'emplois subalternes ... qui faisaient vivre ces familles pauvres" (38)

L'État social, voire communiste, est largement remis en cause aujourd'hui par une vague néo-libérale qui aimerait tout changer, tout de suite. Comme vous me connaissez, je suis pas persuadé par cette vision...

"La production de l'île Maurice était nulle. Elle importait la plupart des objets dont elle avait besoin. Mais il y avait le sucre." (38)

Aujourd'hui encore, pratiquement tout est importé, au point qu'au supermarché j'ai vu des mangues... sud-africaines! Bon, on dira que c'est pareil partout, mais c'est surtout le cas depuis la mondialisation, alors qu'ici ça date vraisemblablement de plusieurs siècles.