Gamédée, cyclone tropical

« Un warning cyclone de classe 4 est en vigueur sur Maurice; Un warning cyclone de classe 4 est en vigueur sur Maurice; Une alerte cyclone de classe 4 est en vigueur sur Maurice; Une alerte cyclone de classe 4 est en vigueur sur Maurice; »

Lancinant, ce message passe sur la radio depuis vendredi (encore classe 3) et depuis samedi en classe 4, pour s'arrêter dimanche.

Voici ma première sirandane radeffienne sous forme de charade:

Mon premier est drôle

Mon second est drôle

Mon troisième est drôle

Mon quatrième est drôle

Mon cinquième est drôle

Mon sixième est drôle

Mon tout n'est pas drôle

Réponse: cyclone (six clowns)

Ok, c'est pas super fin, mais il faut être compréhensif. On vient de passer un week-end cloisonnés because notre ami Gamédée s'est rapproché à moins de 200 kilomètres de l'île - on se demande ce qui se passe quand il passe dessus! Plus d'électricité, plus d'approvisionnement en eau mais des pluies diluviennes, et des vents homériques. D'ailleurs, ce lundi matin à l'aube où j'écris ces lignes le courant continue à sauter régulièrement.

Après avoir fait vendredi des provisions de survie avec une ambiance dans le supermaché genre 4e guerre mondiale, on a passé le week-end à manger (comme tous les mauriciens) ce qu'on avait dans le frigo, il fouette d'ailleurs pas mal (à moins que ce ne soit moi cette odeur, faut dire qu'on a pas pu beaucoup se laver...), à jouer, lire (quand il y avait assez de lumière, c'est-à-dire pas souvent), dessiner, s'engueuler - pas trop, faut dire que les enfants ont été exemplaires, c'est seulement à la fin du cyclone qu'ils ont un peu croisé les câbles, mais pas trop.

Samedi, alors que je remplissais des bouteilles d'eau à la citerne, je me suis fait attaquer par des « mouches jaunes » (sortes de sales bestioles entre guêpe et frelon, toutes jaunes d'où leur nom) et piquer 5 fois, ça fait mal. Il faut dire que leur nid était tombé du manguier à l'arrière de la maison et qu'elles étaient passablement excitées. A.R. a vu passer depuis sa fenêtre sous le déluge un fou furieux en slip avec un casque de cycliste (because chute de branches et d'arbres) courant comme un malade, poursuivi par des insectes furieux, et n'a pas reconnu son père. Soins prodigués par Fab efficaces (Fenistil et Sudoku) ont eu raison des piqûres, au demeurant très douloureuses - genre dans Frankenstein Junior quand le Dr Frankenstin se plante un scalpel dans la cuisse, si vous voyez ce que je veux dire.

Entre deux rafales on a détruit avec l'aide d'Anil et de ses cousins deux nids de mouches jaunes, il m'a montré les larves qui constituent un régal, après en avoir mangé quelques-unes il m'en a proposé mais j'ai fait la fine bouche. Frit, je dis pas non, mais là, crû, alors qu'elles s'agitent dans tous les sens... J'avais un peu de peine.

On a ensuite passé l'après-midi à ramasser des branches et à les entasser dans un coin en vue de les brûler quand elles auront séchées, le tout sous une pluie diluvienne qui me fait dire que Noé devait sans doute être mauricien. Selon Anil, c'est un petit cyclone - mais le premier depuis 5 ans.

Foin d'insectes et de jardinage, revenons à la météo: bilan du cyclone: la nature est désolée, les routes sont innondées, encombrées de branches, parfois de tronc. 90% des cultures horticoles sont détruites (ça va être dur pour les nombreux « vegis »), seule la sacro-sainte canne, faite pour cela, semble avoir supporté les dégâts. Enfin, plus grave encore, le manguier devant la maison est totalement détruit (non, je plaisante). Un mec est mort, faut dire que pour se ballader en vélomoteur en pleine obscurité avec des vents qui ont dépassé les 150 km/h faut y aller, surtout quand l'obscurité est due aux câbles à haute tension qui se ballade sur la route trempée et qui ont fini par transformer le cyclomotoriste en hamburger trop cuit (les mauriciens adorent les BBQ, faut dire). Bon, notre pauvre défunt se rendait à la « boutique » pour y acheter des bougies et sans doute d'autres choses essentielles (genre rhum, bière, vin et clopes). J'espère pour lui que dans la boutique, comme dans toutes les boutiques de l'île, il y avait au moins pénurie de bougies.

Hier soir dimanche nous avons profité de l'accalmie pour aller au bistrot, par chance le courant a permis au pizzaolo de remplir nos estomacs, il y avait tellement d'eau sur la route que la voiture s'est transformé en navire et qu'on a frisé la panne méchante au milieu d'un petit lac, mais notre vaillante Nissan micra a, avec quelques hoquets, surmonté la crise.

Ici un petit extrait audio des bulletins radio enregistré difficilement avec l'ipod sur notre radio à batterie, juste avant le cyclone (vendredi), quand on était encore en classe 3. Après, l'ipod était déchargé. J'ai fait un essai d'enregistrement du vent mais on dirait juste une radio soviétique des années 30, brouillée par Voice of America, donc je vous laisse simplement imaginer.