LA RADIOACTIVITÉ ET LE VIVANT

Votation populaire du 23 septembre 1990
Explication du Conseil fédéral
par René STRUB
Ingénieur mécanicien, Dr h.c. de l'EPFL
     Dans la publication concernant la votation populaire du 23 septembre 1990, l'avis du Conseil fédéral relatif à l'initiative populaire «pour un abandon progressif de l'énergie atomique» n'est en grande partie qu'une campagne de désinformation, entamant la crédibilité de l'Autorité fédérale. Les précisions suivantes sont nécessaires:

• Les exportations d'électricité en Suisse sont supérieures de 20% environ aux importations, ce qui équivaut à la production annuelle de la centrale de Gösgen.

• Les subsides de la Confédération pour le nucléaire sont beaucoup plus élevés que pour les recherches dans les domaines des énergies renouvelables.

• Le décompte de l'énergie électrique consommée en Suisse est à peu près le suivant: pertes d'énergie 30%, dont le reste, 70%, correspond à l'énergie dont la moitié est utilisée sous forme de chaleur. Le solde se répartit entre l'industrie, les services, la lumière. Les transports n'absorbent que le 4% environ.

• Concernant la catastrophe de Tchernobyl, le Conseil fédéral relève le fait que les installations suisses, à l'image d'Harrisburg, sont équipées d'une double barrière de sécurité étanche. Ce qu'il oublie de dire, c'est que ces barrières communiquent entre elles par des tuyauteries. En particulier, à Harrisburg, la surpression dans le premier confinement a ouvert la soupape de sécurité déchargeant la vapeur et les produits radioactifs dans la seconde enceinte. Cette soupape ne s'est pas refermée et la pression dans la seconde et ultime enceinte a augmenté en faisant sauter le disque de rupture de sécurité, déchargeant les produits radioactifs par les filtres dans l'atmosphère. Environ 13 millions de curies se sont échappés dans l'atmosphère, suivis du départ momentané de 100.000 personnes (Illustrierte Zeitschrift für Arbeitsschutz, no1bis 4,1980).

suite:
• Concernant la prétendue catastrophe climatique due au gaz carbonique, le Conseil fédéral ignore quelle pourrait être l'influence des centrales nucléaires pour obtenir une diminution marquée de l'effet de serre. Si 20% des combustibles fossiles est remplacé par le nucléaire, la réduction de l'effet de serre ne serait que de 6% environ. Mais il faudrait construire 18.000 centrales de 3000 MW-thermique en 105 ans (avec
2/3 de chaleur utile et 1/3 d'électricité), conduisant au retraitement de 22 millions de tonnes de combustible irradié dans les usines de retraitement àl'étranger. De plus, ce combustible contiendra 180.000 tonnes de plutonium. Le nucléaire est incapable de contribuer efficacement à la diminution de l'effet de serre.

• La gestion des déchets radioactifs n'est pas assurée, contrairement à la supposition du Conseil fédéral. La CEDRA a déjà dépensé 400 millions pour les forages sans grand succès. Une solution satisfaisante n'est pas envisageable, vu les mouvements tectoniques de notre sous-sol. En particulier, la situation en Suède et en Finlande ne peut être prise en exemple, ces pays ayant un sous-sol granitique plus compact. Il s'agit bien en Suisse d'un problème purement technique.

• La Suisse ne doit pas importer d'électricité en hiver. Si elle le fait, c'est pour ménager les réserves d'accumulation en vue de la fourniture d'énergie de pointe en Suisse et à l'étranger.

• Enfin, la décision du Département de l'Intérieur de ne pas diffuser avant les votations  fédérales  la  «brochure d'information de la population suisse sur la radioactivité» est une atteinte grave au principe démocratique dont la Suisse est fière. Les citoyens ont droit à une information aussi étendue et exacte que possible pour pouvoir voter en connaissance de cause.

p.79

1991: texte precedent