LA RADIOACTIVITÉ ET LE VIVANT

Lettres ouvertes
Lucien Borel - Pierre Santschi - Serge Prêtre

ETHIQUE ET NUCLÉAIRE *

Réflexions personnelles
à l'occasion des Journées scientifiques
ASST, SIA, EPFL(1)


     Le texte publié ci-dessous a été élaboré pour être distribué aux participants aux tournées mentionnées. Pour des raisons qu'il ne nous appartient pas d'éclaircir, cela n'a sas été le cas. Nous donnons ici suite à la demande de son auteur de le voir largement diffusé, lui laissant l'entière responsabilité des opinions qu'il y exprime ainsi que de sa mise en cause nominale de deux personnalités.
     C'est sur le voeu exprès de l'auteur que ce texte paraît avant la double votation fédérale du 23 septembre 1990 sur l'énergie nucléaire, bien qu'il aborde au moins deux aspects étrangers à cette votation: le lien évoqué entre utilisations civile et militaire du nucléaire, qui ne concerne pas la Suisse, et le surgénérateur de Creys-Malville, sur lequel l'électeur suisse n'a pas de pouvoir.
     Nous  récusons enfin formellement l'affirmation selon laquelle les experts sont incapables de se remettre en cause, liés qu'ils sont à leur gagne-pain et à leur statut social. En effet, comme pour la majorité des lecteurs de cette revue, leur compétence découle de la pratique de leur domaine d'expertise et séaccompagne de la prise de responsabilités matérielles, juridiques et morales.
Rédaction (SIA)
Le piège nucléaire
     L'exploitation de l'énergie nucléaire est apparue il y a quelques décennies comme la manifestation du génie humain, à cause de ses dimensions scientifique et technique. Au début, les plus grands efforts de développement ont été consentis par les gouvernements à cause de la perspective de son exploitation à des fins militaires. Ce n'est que plus tard que les efforts ont été orientés en vue de son exploitation à des fins civiles, permettant ainsi à la conscience collective de se dédouaner par rapport à l'horreur de la bombe atomique, tout en renforçant l'utilisation militaire. Aujourd'hui encore, le
nucléaire militaire et le nucléaire civil sont deux facettes d'une même entreprise, dont les activités tentaculaires menacent de provoquer le déclin de l'espèce humaine. Pour s'en convaincre, il suffit de lire l'excellent ouvrage de synthèse de Rosalie Bertell intitulé Sans danger immédiat? L'avenir de l'humanité sur une planète radioactive[1](2).

* Ingénieurs et architectes suisses, no 19, 5 septembre 1990, pp. 154-156.
p.111
(1) A l'FPFL, les 26 et 27 juin 1990, sur le thème «L'énergie nucléaire, le surgénérateur et l'éthique de l'ingénieur».
(2) Les chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d'article.

     Subjugués par le pouvoir lié à la maîtrise de l'énergie, les gouvernements des puissances industrielles ont tout d'abord ignoré, puis nié et enfin occulté les dangers de l'extension de la radioactivité dans l'espace et dans le temps. Mais les accidents graves, et surtout celui de Tchernobyl, ont permis aux citoyens de prendre conscience de l'importance du piège dans lequel ils se sont enfermés. Ce piège est tout d'abord de nature technologique à cause de la structuration du système énergétique qui a été mis en place. Il est aussi de nature économique, à cause des énormes investissements qui ont été mis en oeuvre. Il est enfin de nature politique à cause des fortes concentrations de pouvoir qui en sont résultées. Denis de Rougemont a fait remarquer à juste titre que les raisons avancées par les antinucléaires contre l'utilisation de l'énergie atomique sont celles-là mêmes qui font que le pouvoir l'adopte: elle est centralisée, dangereuse et chère [2]. Ces trois «qualités» sont importantes parce qu'elles justifient la participation de l'Etat dans la production d'énergie et permettent par là un renforcement du pouvoir.
     L'accident de Tchernobyl a montré que le développement de l'industrie nucléaire a un caractère suicidaire. La radioacivité entraîne un risque multiforme qui échappe à nos sens: les rayons ionisants sont invisibles, inaudibles et inodores. Il s'agit d'un risque d'une dimension nouvelle, que l'on ne peut comparer à aucun autre. La radioactivité peut provoquer des modifications somatiques et génétiques irréversibles, et cela à des échelles d'espace et de temps inconnues jusqu'ici. La poursuite de l'exploitation de l'énergie nucléaire est incompatible avec la survie de l'humanité et des espèces vivantes, comme l'a clairement exprimé Mac Farlane Burnet(3) en 1972: «Comme biologiste, je considère tout le développement de l'énergie nucléaire à des fins industrielles ou militaires comme une calamité monstrueuse. Les radiations ionisantes sont ennemies de la vie. [...] En jouant avec l'atome, l'humanité trahit les processus mêmes qui ont abouti à sa naissance. »
     L'obstination des gouvernements à poursuivre dans la voie nucléaire les a conduits à une politique de désinformation: rétention de l'information (secret défense, secret industriel), absence de débats publics, absence de consultation des citoyens, autocensure de la presse, collusion entre le pouvoir décisionnaire et les organes de contrôle, choix des experts en fonction de leur allégeance au pouvoir économique et politique. Du fait de cette politique, les gouvernements perdent progressivement la confiance des citoyens, à telle enseigne que des groupes prives et bénévoles se sont formés pour démasquer
la vérité (associations antinucléaires, commissions d'information, dont certaines, comme la CRIIRAD(4) en France et d'autres en Suisse, se sont équipées de moyens de mesures). C'est grâce à ces groupes que le mur du silence entourant, en France et ailleurs, les retombées de Tchernobyl a pu être brisé.
     On ne saurait justifier le risque nucléaire en faisant valoir que d'autres modes de production d'énergie ont aussi leurs inconvénients. Il est puéril de justifier l'acceptation de ce risque par le spectre de la pénurie d'électricité. Ne serions-nous même plus capables de réduire notre superflu s'il y a va de l'intérêt général de nos contemporains et de celui des générations futures?
suite:
Estimation des risques
     Les promoteurs du nucléaire tranquillisent les citoyens en disant que la probabilité d'occurrence d'un accident majeur à une centrale nucléaire, avec rupture du confinement et projection des produits radioactifs dans l'environnement, est extrêmement faible (de l'ordre de 1 fois en 100.000 ans), entretenant l'illusion que le risque correspondant peut être considéré comme négligeable. Afin de mieux tromper l'opinion, ils utilisent des euphémismes totalement hermétiques pour le citoyen («accident hypothétique», «accident hors dimensionnement», «risque résiduel» [et «excursion nucléaire» (!) NdlR).
     Les efforts considérables de la recherche en matière de sûreté et les crédits énormes investis dans la technologie nucléaire ont vraisemblablement diminué la probabilité d'occurrence d'un accident majeur. Mais le risque dépend d'un autre facteur essentiel, qui est l'ampleur de l'accident et de ses conséquences, aussi bien dans l'espace que dans le temps.
     Le fait d'invoquer seulement la faible valeur de la probabilité d'occurrence pour laisser croire que le risque est pratiquement nul est une imposture déguisée en argument scientifique.
     D'une part, les calculs de probabilités s'appuient sur des modèles qui ne peuvent être que grossiers par rapport à la réalité, étant donné l'extrême complexité d'une centrale nucléaire. Ils sont donc forcément entachés d'incertitudes, d'erreurs et d'omissions qui rendent les résultats sujets à caution, pour ne pas dire totalement illusoires. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer que les incidents intervenus dans les accidents graves connus, comme ceux de Three Mile Island et de Tchernobyl, n'avaient pas été prévus dans les calculs de probabilités, tout comme les incidents récents ayant nécessité l'arrêt du surgénérateur de Creys-Malville. Et que dire de la découverte des morceaux de plastique provenant d'un seau, trouvés dans les conduites du circuit de refroidissement d'urgence du coeur de la tranche II de la centrale de Flamanville?(5) Quel expert pourrait prétendre être en mesure de calculer la probabilité d'un tel incident, qui aurait pu déboucher sur un accident majeur?
     D'autre part, les calculs de probabilités sont fondés sur la loi des grands nombres. Selon cette loi, dire qu'un événement ne se produira que 1 fois en 100.000 ans n'a de sens que si l'on effectue des comptages pendant une période de temps suffisamment longue pour pouvoir faire des moyennes, par exemple 100 millions d'années. D'ailleurs, selon la même loi, il est impossible de prévoir la date à laquelle l'événement est susceptible de se produire. En conséquence, malgré la très faible probabilité avancée, un accident majeur de réacteur nucléaire peut se produire à tout moment, c'est-à-dire dans dix ans, dans un an, dans un mois...
     Dès lors que d'une part la probabilité d'occurrence d'un accident majeur n'est pas absolument nulle (et ne pourra jamais l'être), et que d'autre part son ampleur dépasse les limites du tolérable, le seul facteur qui soit à considérer est évidemment l'ampleur de l'accident et de ses conséquences, aussi bien dans l'espace que dans le temps.
p.112
(3) Prix Nobel pour ses travaux sur l'immunologie acquise.
(4) Commission Régionale Indépendante d'Information sur la Radioactivité.
(5) Canard enchaîné, 19 juillet 1989.
     Il est donc fallacieux de faire croire aux citoyens qu'une centrale nucléaire n'est pas dangereuse en arguant du fait que la probabilité d'occurrence d'un accident majeur serait très faible, si cet accident entraîne, lorsqu'il se produit, une catastrophe affectant une grande partie de l'Europe et causant des centaines de milliers de morts d'une façon immédiate ou différée.

Information et protection de la population
     Les promoteurs du nucléaire tranquilisent également les citoyens en relevant les efforts spectaculaires et les crédits importants consentis pour informer et protéger la population, entretenant l'illusion qu'il serait possible de maîtriser les conséquences d'un accident majeur, avec rupture du confinement et projection des produits radioactifs dans l'environnement.
     Il s'agit en fait d'une fausse sécurité. Certes, on peut augmenter le nombre des postes de détection et la fréquence des contrôles de la radioactivité, améliorer la qualité des mesures, développer la rapidité et la fidélité des informations, ainsi que les services de protection civile. Mais toutes ces mesures desécurité sont dérisoires par rapport à l'ampleur d'une véritable catastrophe nucléaire. Il est certain que le système médical serait complètement dépassé par les événements. Quelles que soient les mesures prises, le chaos et l'horeur l'emporteraient de loin sur les quelques atténuations locales et temporaires des effets de la radioactivité.
     Il est donc fallacieux de faire croire aux citoyens qu'ils seront protégés en cas d'accident  majeur à une centrale nucléaire, alors qu'en réalité des centaines de milliers de personnes seront contraintes de quitter leur coin de terre pour le restant de leur vie, cela dans l'hypothèse optimiste où elles ne seraient pas mortes ni trop fortement irradiées ou contaminées.
     On ne tranquillise pas les passagers d'un paquebot voyageant parmi les icebergs en leur promettant un gilet de sautetage en cas de collision. On évite de voyager parmi les icebergs.

Déchets radioactifs
     Les promoteurs du nucléaire prétendent que le stockage définitif des déchets hautement radioactifs ne devrait intervenir que dans 10 ou 20 ans, entretenant l'illusion que rien ne presse.
     En attendant la preuve de la possibilité d'un tel stockage, les déchets hautement radioactifs doivent être stockés provisoirement sur le site des centrales, dans des piscines où ils se «refroidissent».
     Malheureusement, au fur et à mesure que s'élève le niveau scientifique des études géologiques, on constate de plus en plus clairement non seulement que le sol de notre planète n'est jamais homogène, mais qu'il a une vie propre impossible à prévoir à long terme (fissurations, cassures, migrations des eaux et des substances dissoutes ou en suspension, etc.). Il est pénible de devoir constater que, malgré les déclarations ambiguës de la Société coopérative nationale pour l'entreposage de  déchets  radioactifs (CEDRA),  la preuve de la possibilité du stockage définitif des déchets hautement radioactifs en Suisse n'a jamais été apportée. Il devient chaque jour plus évident qu'elle ne le sera jamais.
     Le peuple suisse s'était donné la «Loi de 1978», ainsi que la «Garantie 85», suivant laquelle l'exploitation des centrales nucléaires suisses aurait dû être arrêtée si la preuve du stockage définitif des déchets hautement radioactifs n'était pas obtenue en 1985. Or, nous sommes en 1990 et nous continuons imperturbablement à fabriquer chaque jour des déchets radioactifs.

suite:
     Que feront nos enfants dans 10 ou 20 ans si l'on est finalement contraint d'admettre que la fameuse preuve est impossible à obtenir?
     Ce comportement inconséquent fait penser à la métaphore du monsieur qui sauterait d'un avion à 10.000 mètres d'altitude sans parachute, puis qui, pendant sa chute, étudierait la possibilité de se confectionner un parachute!

Rôle des experts dans l'escalade des risques
     Commentant l'accident de Tchernobyl à la Télévision suisse romande en avril 1986, M. S. Prêtre, expert à la Division principale de la Sécurité Nucléaire (DSN), avait estimé que la société moderne exigeait que l'on vive avec des risques et qu'il fallait bien s'y faire. Pour lui, et probablement aussi pour ses collègues de la DSN, cette prise de risque semble donc aller de soi.
     Lors de la conférence de plus d'une heure qu'il a tenue au CERN en avril 1989 sur la sécurité du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, M. P. Tanguy, inspecteur général de la Sûreté à EDF, s'est étendu sur le sérieux des scientifiques et des ingénieurs, sur la qualité de la technologie utilisée, sur l'excellence des systèmes de réglage et de sûreté, ainsi que sur la compétence du personnel chargé d'exploiter la centrale. Tout cela est sans doute vrai. Mais, en brossant ce tableau idyllique, M. Tanguy a gravement péché par omission. En effet, il a complètement passé sous silence l'éventualité d'un accident majeur ainsi que ses conséquences sur la biosphère, sur la population et sur la qualité de la vie. En réponse à une question posée au cours de la discussion, il a insisté sur la très faible probabilité d'un tel accident. Il a même été jusqu'à avancer la probabilité de 1 fois en 1 million d'années, laissant ainsi croire qu'il était légitime d'admettre qu'un accident majeur était totalement exclu à notre échelle humaine de temps.
     Si  malheureusement  nous  vivons aujourd'hui dans une société à risques technologiques majeurs, ce n'est pas une raison d'accepter l'escalade du risque conduisant à des risques de plus en plus démesurés, et notamment à ceux liés à la filière des surgénérateurs. En fait, les experts ne remettent pas en question la prise de risque en elle-même, quelle que soit l'ampleur des dangers encourus. Ils considèrent que leur rôle se réduit à montrer qu'un risque est acceptable, cela en vertu de critères mal définis et souvent non exprimés.
     Le recours aux experts est caractéristique d'une sociéte à risques technologiques majeurs, dans laquelle le citoyen n'est plus à même de comprendre ce qui lui arrive. Ces experts bénéficient d'une situation qui leur assure un salaire important et un grand prestige social. Dès lors, il n'est pas surprenant que des projets comme Superphénix  ne  trouvent  qu'approbation auprès des experts officiels. Cette remarque ne signifie absolument pas que ces experts soient incompétents ou malhonnêtes. Ils sont dans une certaine mesure victimes d'une logique insidieuse, dont ils ne peuvent pas s'extraire sans remettre en cause leur gagne-pain et leur situation sociale. Ils sont contraints de se persuader que le nucléaire est une bonne chose et qu'ils rendent service à la collectivité en faisant la promotion de cette technologie. Dans les débats, ils insistent pour restreindre la discussion aux plans scientifique, technique  et  économique,  refusant d'entrer en matière sur les problèmes de société et d'éthique liés au projet technique qu'ils se croient obligés de défendre [3].

p.113

Responsabilités des scientifiques, des ingénieurs et des politiciens
     La conclusion qui s'impose est que notre société doit fermement décider de renoncer à l'exploitation de l'énergie nucléaire en général et de la filière nucléaire des surgénérateurs en particulier. Il est donc urgent qu'une forte pression soit exercée sur les responsables politiques afin que notamment le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville soit définitivement mis hors service.
     Cette décision doit être d'autant plus facile à prendre que l'exploitation de cette centrale n'est justifiée par aucun argument de nature énergétique ou économique. En effet, d'une part la France dispose déjà d'un surplus d'énergie électrique d'origine nucléaire, et d'autre part les multiples opérations liées à Superphénix constituent  un  gouffre à milliards excluant toute rentabilité. Les raisons de l'obstination actuelle de l'Etat français sont sans doute liées à des arguments de nature militaire ou de prestige national. Il est inadmissible que de tels arguments contraignent notre société à s'exposer aux risques démesurés d'un accident majeur. Le recours à la technique nucléaire étant l'oeuvre de l'homme, l'éventualité d'un accident majeur n'a aucunement le caractère de fatalité que l'on peut reconnaître à une catastrophe naturelle, mais présente au contraire un caractère de libre choix.
     Les responsables scientifiques, techniques et politiques qui poussent au développement du nucléaire doivent réaliser le caractère exorbitant de la responsabilité qu'ils prennent à l'égard de l'humanité et surtout à l'égard des générations futures.
     Etant donné l'extraordinaire défi qui est en jeu à l'échelle planétaire, il est à espérer que ces responsables scientifiques, techniques et politiques auront la clairvoyance, la sagesse et le courage de renoncer à la poursuite de l'exploitation de l'énergie nucléaire en général et du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville en particulier.
     Il faut que les responsables de l'Etat français soient dès aujourd'hui conscients du fait que par exemple, en cas d'accident majeur à Superphénix, ils auront à répondre d'un crime international, au sens du projet de Codification de la responsabilité des Etats, qui a été publié en 1980 par la Commission de droit international de l'ONU(6). Les responsables des pays voisins qui auront soutenu ou accepté cette situation sans protester seront considérés comme complices de ce crime.

Plaidoyer pour les générations futures
     Il est urgent d'aborder le problème de l'énergie sur une base nouvelle. Le respect des générations futures doit être mis au centre du débat et les mythes qui ont empêché jusqu'à ce jour une discussion sereine du problème doivent être laissés de côté.
     L'accident de Tchernobyl a donné un enseignement d'une valeur inestimable. Il a montré de façon concrète et douloureuse que tous les êtres vivants sont solidaires dans l'espace (le nuage radioactif a fait le tour de la Terre) et dans le temps (les produits radioactifs disséminés affecteront la biosphère pendant un grand nombre d'années). La société est ainsi plongée dans une véritable crise évolutive qui oblige l'homme à jeter un regard nouveau sur la matière, sur la nature et sur la vie. Il faut maintenant que l'homme passe dans une autre dimension de conscience. C'est la condition de sa survie.

Lucien Borel
Professeur hon. EPFL
 

p.114a
(6) Annuaire 1980, volume II, p. 31, article 19, alinéa 3, lettre d.

Bibliographie

[1] BERTELL, R.: Sans danger immédiat? L'avenir de 1'humanité sur une planète radioactive, La Pleine Lune, Montréal, 1988. original anglais: No immediate danger? Prognosis for a radioactive Earth, The Woman's Preis Limited, Londres 1985. Prix Nobel Alternatif 1986 pour ses travaux sur le cancer.
[2] DE ROUGEMONT, D.: L'avenir est notre affaire, Stock, 1978.-
[3] BERRY, W.: «Die heimatlose Wirtschaft», Die Neue Wirtschaft 5/89, mai 1989.
L'ÉNERGIE NUCLÉAIRE, LE SURGÉNÉRATEUR ET L'ÉTHIQUE DE L'INGÉNIEUR*
Réponse aux réflexions personnelles de M. Lucien Borel
IAS, No 19/90, pp. B 154-B 156
     Le texte de M. Borel veut présenter les opposants au nucléaire comme les Bons (ceux qui sont dans la minosité opprimée, mais qui cependant ont le courage de s'élever contre la maffia toute-puissante du nucléaire) et ceux qui soutiennent ou permettent le nucléaire comme les Méchants (ceux qui sont payés par le système ou qui sont tellement endoctrinés et peu critiques qu'ils ne se rendent pas du tout compte de leur irresponsabilité).
     Cette représentation est une manipulation simpliste et révoltante.
     Le texte de M. Borel n'a aucun fondement scientifique. Il s'agit d'une profession de foi à caractère fanatique.

Relevons quelques passages du texte:
1. Le dédin de l'espèce humaine sur une planète devenue radioactive
     M. Borel, comme les opposants qui connaissent leur dossier, sait très bien que le degré de pollution radioactive de notre biosphère est minime.

Depuis le début, le nucléaire s'est montré très respectueux de l'environnement. Mes collègues et moi, nous-faisions de l'écologie avant la lettre. Malgré les explosions atomiques dans l'atmosphère et malgré Tchernobyl, la radioactivité artificielle présente dans notre biosphère est minime. Elle participe pour environ 1% au niveau d'irradiation naturelle. C'est un bilan remarquablement bon, dont nous, physiciens de santé et radio-écologistes, sommes fiers. Et cela provient de notre engagement en faveur de la protection de l'environnement dès les débuts du nucléaire. Nous qui avons lutté pour ce résultat, qui est peut-être mille fois meilleur que celui de la pollution chimique usuelle, nous supportons mal que des gens comme Rosalie Bertell insinuent que notre planète est bientôt sur le point de devenir invivable, tellement la radioactivité augmente. Et je suis profondément choqué et déçu de constater que M. Borel utilise le renom associé au titre de professeur EPFL pour propager cette insinuation.
p.114b
* Ingénieurs et architectes suisses, no 20, 19 septembre 1990, p. 173.

     Nous savons que le bilan radiologique naturel, tel que le connaît le Plateau suisse, peut doubler ou tripler (comme c'est le cas au Tessin, aux Grisons, dans le Haut-Valais, etc.) sans que l'état de santé de la population s'en ressente.
     Donc, pour arriver à une pollution radioactive de la planète qui soit vraiment sérieuse, il faudrait que la radioactivité artificielle puisse au moins concurrencer la radioactivité naturelle. Et pour obtenir cela, il faudrait produire au moins un Tchernobyl par mois pendant plusieurs années (souligné par le webmaistre"...). Et on se situerait encore en deçà de la pollution traditionnelle actuelle de notre biosphère.

2. L'énergie nucléaire est incompatible avec la survie de l'humanité et des espèces vivantes
     Il est vraisemblable que le moteur de l'évolution des espèces (de mutations en mutations), qui a finalement permis d'aboutir à l'Homme, a été la radioactivité naturelle. Et l'énergie nucléaire ne change pas grand-chose au bilan planétaire de la radioactivité naturelle.
     Je me soucie beaucoup du déclin possible de l'espèce humaine, et je m'intéresse aux études systémiques qui tentent d'identifier les vrais grands problèmes du siècle prochain. Ces vrais grands problèmes seront probablement l'explosion démographique et le CO2

3. Collusion entre le pouvoir décisionnel et les organes de contrôle, choix des experts en fonction de leur allégeance au pouvoir économique et politique
     Cette collusion existait en Union soviétique avant Tchernobyl. Elle existe aussi dans des pays non démocratiques. Mais elle n'existe pas dans les pays démocratique et surtout pas en Suisse. J'en suis le témoin vivant. Je me suis toujours distancé du pouvoir économique et politique, et j'ai toujours étayé mes jugements sur la science (et non pas une pseudoscience entretenue par des pseudo-experts se citant les uns les autres, et colportée par des pseudo-journalistes) et sur mon éthique profonde et mon sens des responsabilités.
     Mes exigences de sécurité à l'égard des centrales nucléaires m'ont souvent rendu très impopulaire dans le milieu nucléaire (bien que plus tard on ait en général reconnu que j'avais eu raison), mais malgré cela je n'ai jamais été l'objet d'une pression provenant du pouvoir économique ou politique.

4. L'ampleur de la catastrophe
     Le document de M. Borel reflète d'abord sa propre peur. Ensuite, il est démagogique car il incite à amplifier la peur des gens au profit de ses thèses. Si M. Borel (qui est ingénieur et professeur d'université) se donnait la peine de calculer lui-même, il verrait que ses affirmations ne sont pas scientifiquement défendables. Elles sont systématiquement très exagérées en direction du catastrophisme.
     Pour calculer l'ampleur d'une catastrophe potentielle, on doit faire toute une serie d'hypothèses sur:
     - la qualité et la fiabilité des systèmes de sécurité
     - la qualité et la fiabilité des systèmes d'atténuation et de retenue
     - l'efficacité des systèmes de filtration passive
     - la quantité de radioactivité qui sera finalement rejetée
     - le moment de ce rejet
     - la météorologie qui régnera à ce moment-là

suite:
     - le transfert de la radioactivité dans la biosphère
     - les voies d'accès à l'homme
     - l'efficacité des mesures de protection.
     Si, sur chacun de ces paramètres, on prend le cas le plus pessimiste (ce que fait M. Borel), on part sur une hypothèse qui est facilement d'un facteur 3 à 5 au-dessus du cas réaliste. Le cumul de ces «facteurs pessimistes» permet d'arriver, par un calcul apparemment correct,  à une ampleur  de  catastrophe  10.000  à 100.000.000 fois au-dessus du calcul réaliste.
     Ce que M. Borel et ses collègues ne disent pas non plus, c'est qu'ils construisent des scénarios extrêmement improbables (environ une fois en 1 milliard d'années). Si, pour alimenter le réacteur en eau de refroidissement, on a prévu 9 pompes mues par 3 systèmes électriques indépendants, puisant de l'eau dans 3 réservoirs différents et qu'une seule de ces pompes suffisent pour éviter la fusion du coeur, les antinucléaires construiront un scénario farfelu où les 9 pompes tomberont toutes en panne. Dans ce cas particulier, qui n'est qu'un exemple simplifié, les autorités de sécurité s'assureront qu'il n'existe aucune cause interne ou externe qui puisse mettre en panne les 9 pompes à la fois. Il faudrait la conjonction de plusieurs coïncidences très improbables pour arriver à ce résultat.
     Et alors Tchernobyl? Pourquoi cel accident a-t-il eu lieu? Maintenant que nous connaissons les réacteurs RBMK nous savons qu'ils sont instables et que leurs systèmes de sécurité sont en partie insuffisants et en partie inexistants. Nous avons réalisé aussi que l'assurance de qualité à laquelle nous donnons beaucoup d'importance en Occident fait totalement défaut en URSS. Et puis le personnel y est, en ce qui concerne la sécurité nucléaire, d'une incompétence incroyable. Tout cela conduit à une probabilité d'accident majeur de l'ordre de 1 fois en 100 ou en 1000 ans du réacteur. Et comme il y avait 17 de ces réacteurs en activité depuis plusieurs années, la probabilité totale n'était plus négligeable. En outre l'expérience tentée sur la tranche 4 de Tchernobyl était hautement scabreuse. S'il y avait eu de réelles autorités de sécurité nucléaire en Union soviétique, elles auraient posé des conditions strictes au déroulement de cette expérience. Tout cela m'amène à affirmer que le bilan de sécurité de nos centrales nucléaires est au moins 100 fois meilleur que celui des centrales soviétiques.

5 ...réaliser le caractère exorbitant de l'responsabilité qu'ils prennent à l'égard de l'humanité et surtout à l'égard des générations futures
     Stopper  ou  empêcher  l'énergie nucléaire est aussi une activité pleine de responsabilité, car elle comporte des risques à l'égard de l'humanité et à l'égard des générations futures. Est-ce que M Borel est conscient de sa responsabilité dans cet enjeu?
     A mon avis, c'est le choix «non nucléaire» qui, à long terme, est le choix suicidaire.

Serge Prêtre
phys. dipl. EPFZ
Division radioprotection
Division principale de la sécurité
des installation nucléaires
5303 Würenlingen
p.115

L'ÉNERGIE NUCLÉAIRE, LE SURGÉNÉRATEUR ET L'ÉTHIQUE DE L'INGÉNIEUR*


     Monsieur le Rédacteur,

     J'ai eu l'occasion de participer, à titre d'auditeur, aux Journées scientifiques ASST-SIA-EPFL, organisées les 26 et 27 juin dernier à l'EPFL sous le titre «L'énergie nucléaire, le surgénérateur et l'éthique de l'ingénieur». L'approche utilisée m'a laissé perplexe et m'a amené à poser une série de questions que je transmets également au professeur G. Sarlos, promoteur de ces journées.
     Les deux premières s'adressent directement aux organisateurs. Les autres, à mon avis, auraient dû être abordées dans le cadre de cette manifestation pour que celle-ci puisse mériter pleinement son qualificatif de «scientifique». Du mêmè coup, l'optimisme prudent des conclusions que vous avez publiées à cette occasion dans votre compte rendu du 18 juillet 1990 aurait éventuellement pu être justifié. Voici ces questions.

     1. L'éthique de l'ingénieur impliquant l'universalité de la connaissance et de la transmission des données techniques et scientifiques, quelle est la justification du fait que, dans ces journées, les conférenciers et participants â la table ronde provenant du monde de la technique aient été exclusivement des personnes acquises â la cause du nucléaire et exerçant leur profession dans le cadre d'organismes fortement tributaires de ce secteur économique?

     2. Au cours de ces journées, les participants a' la table ronde et les conférenciers ont tous mis l'accent sur la nécessité d'un dialogue entre pro-nucléaires et antinucléaires pour faire une analyse étendue du problème. Ces journées auraient pu être l'occasion de ce dialogue; celle-ci n'a pas été saisie, comme on l'a vu ci-dessus. Quelles mesures concrètes les organisateurs envisagent-ils pour améliorer la cohérence entre le discours et l'action?

     3. Les instances politico-techniques décisionnelles en matière d'usage de l'énergie nucléaire sont composées en quasi-totalité de pronucléaires. C'est également le cas des commissions d'experts consultés par l'officialité sur ce domaine. Quelle justification, du point de vue de l'éthique, en donnent les ingénieurs qui y participent?

     4. Quelles sont les justifications éthiques auxquelles font appel les ingénieurs ou professeurs experts en technologie nucléaire pour utiliser ou laisser utiliser leur titre pour couvrir des opinions hors du champ de leurs connaissances, notamment lorsqu'il s'agit de traiter des «besoins» énergétiques?

     5. Quelles sont les justifications, tant éthiques qu'épistémologiques, auxquelles fait appel un ingénieur lorsqu'il utilise un vocabulaire tendant à faire croire que ce qui est très petit est nul (cas de la probabilité d'un accident)?

     6. Quel est le niveau de corrélation entre l'appartenance à des milieux de production d'énergie électro-nucléaire et la tendance à minimiser les risques de la technologie nucléaire?

suite:
     7. Pratiquement tout ingénieur est confronté à la question de savoir, dans sa spécialité, quelle justification éthique lui permet de supporter que la société ou l'institution qui l'emploie utilise des procédés publicitaires promouvant des produits néfastes à l'environnement ou encourageant des comportements asociaux. Cette question ne prend-elle pas une acuité toute particulière dans le cas du nucléaire (notamment par la campagne «L'électricité, c'est toute la vie», dont l'effet est de pousser au gaspillage énergétique), vu l'étendue, dans l'espace et dans le temps, d'une catastrophe nucléaire?

     8. A quelles justifications éthiques fait appel un ingénieur nucléaire lorsque, dans le processus de formation de l'opinion démocratique, il admet qu'aux yeux des électeurs, des faits scientifiques pertinents, mais inconfortables pour l'idéologie pronucléaire soient cachés, minimisés ou édulcorés par des expressions lénifiantes ou trompeuses? (Exemples: «accident hypothétique», «accident hors dimensionnement», «risque résiduel».)

     9. Par quelles considérations éthiques, mais également scientifiques, peut-on justifier la comparaison entre risques choisis par l'individu en connaissance de cause (par exemple probabilité d'un accident de voiture) et risques imposés à l'individu au terme d'un processus de décision dans lequel les contradicteurs et, par voie de conséquence, les citoyens ont été privés des informations pertinentes?

     10. L'habitude prise par certains ingénieurs spécialistes du nucléaire de minimiser les risques de leur technologie lors de débats publics n'entraîne-t-elle pas le danger qu'ils minimisent également ces risques dans l'analyse des systèmes techniques destinés à pallier les dangers de leur technologie et, par voie de conséquence, qu'ils en viennent à diminuer inconsciemment les précautions techniques?

     11. L'étendue dans l'espace, et surtout dans le temps, d'une catastrophe nucléaire permet-elle, d'un point de vue éthique, mais également scientifique, d'appliquer la même analyse de risque à cette technologie qu'aux technologies classiques?

     12. La poursuite  du  développement industriel de la technologie nucléaire est-elle moralement justifiable en l'absence de solution prouvée et crédible au problème du stockage des déchets atomiques?

Pierre Santschi
Ingénieur physicien
EPFL/SIA
Association pour l'Appel de Genive
Case postale 506
CH-1212 Grand-Lancy
Monsieur Michel Laverie
Chef du Service central
de sûreté des installations nucléaires (SCSIN)
Direction générale de l'industrie
Ministère de l'industrie et de l'aménagement du territoire
99, rue de Grenelle
F-75007 Paris Cedex

RECOMMANDÉ

Genève-Lausanne,
24-08-90

p.116
* Ingénieurs et architectes suisses, no 20, 19 septembre 1990, p. 174.
     Monsieur,
     Comme vous le savez probablement, l'Association pour l'Appel de Genève (APAG), fondée en 1978, rassemble un grand nombre d'universitaires de différentes nationalités mais dont la majorité vivent en Suisse romande et dans la Région Rhône-Alpes, qui ont en commun d'être préoccupés par la démocratisation des choix énergétiques en général et par le lancement du surrégénérateur Superphénix de Creys-Malville en particulier.
     Alertés par les physiciens et ingénieurs que nous comptons dans nos rangs, nous avons tenté depuis 1978 de mettre en garde l'opinion publique d'Europe occidentale contre les risques que comportent la technologie de la surrégénération, la métallurgie du sodium ainsi que le quintuplement d'échelle qu'il y a dans le passage du Phénix au Superphénix; nous nous sommes aussi attachés à souligner l'intérêt qu'ont les populations tant françaises que suisses ou étrangères concernées potentiellement dans leur sécurité à être informées de manière contradictoire dans des domaines où les savoirs d'experts sont sujets à controverses en raison notamment du caractère interdisciplinaire des problèmes posés.
      Parmi les documents attestant nos prises de position figurent notamment le Livre jaune sur la société du plutonium, Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1981, les Actes des Auditions publiques organisées par l'Institut national genevois en 1982 sur le thème Energie et société, Les surgénérateurs vrai ou faux problème?, Genève, 1984, le Rapport des professeurs Jochen Benecke et Michael Reimann intitulé Das Gefahrenpotential des SUPERPHENIX, Kritik von Sicherheitsforschung und Risikoschätzung, Munich, 1989, dont un Résumé en français a paru dans le numéro 1 de 1989 de la Gazette de l'APAG, Genève, 1989.
     C'est vous dire que l'APAG n'a pas attendu la grave avarie du barillet de Superphénix, transformant ce dernier en sous-générateur, non plus que la récente découverte de l'oxydation du sodium du circuit primaire susceptible d'amorcer un bouchage de pieds d'assemblages et une excursion nucléaire, deux événements qui ont été déclarés à votre Service avec un retard qui se compte en semaines, pour s'élever contre les risques que constitue ce dangereux prototype pour les populations de notre région, voire pour celles d'Europe occidentale.
     L'objet de ces lignes est de vous conjurer d'exercer vos fonctions au plus près de votre conscience, au vu notamment des deux événements sus-mentionnés, pour refuser l'autorisation de redémarrage à la Centrale de Creys-Malville, de façon à éviter qu'elle ne donne lieu à un accident du type Tchernobyl, puisque aussi bien le réacteur de Malville et celui de Tchernobyl ont au moins en commun un coefficient de vide positif, ce que nos spécialistes ont toujours considéré comme une caractéristique  hautement  redoutable.
     Dans l'espoir que vous voudrez bien comprendre la légitimité des préoccupations qui nous animent et qui nous ont conduit notamment à la rédaction de ces lignes, nous vous prions, Monsieur, d'agréer nos salutations distinguées.
Pour le Bureau de l'APAG:
Lucien Borel       Ivo Rens
Vice-président Vice-président
     Copie à M Adolf Ogi, chef du Département fédéral des transports, des communtcations et de l'énergie, à Berne.
Association pour l'Appel de Genève
Case postale 506
CH-1212 Grand~Laury
Monsieur Fauroux
Ministre de l'industrie el de l'aménagement du territoire
Ministère de l'industrie et de l'aménagement du territoire
l01, rue de Grenelle
F-75007 Paris Cedex

RECOMMANDÉ

Genève-Lausanne, 24-l-90
suite:
     Monsieur le Ministre,
     Comme vous le savez probablement, l'Association pour l'Appel de Genève (APAG), fondée en 1978, rassemble un grand nombre d'universitaires de différentes nationalités mais dont la majorité vivent en Suisse romande et dans la Région Rhône-Alpes, qui ont en commun d'être préoccupés par la démocratisation des choix énergétiques en général et par le lancement du surrégénérateur Superphénix de Creys-Malville en particulier.
     Alertés par les physiciens et ingénieurs que nous comptons dans nos rangs, nous avons tenté depuis 1978 de mettre en garde l'opinion publique d'Europe occidentale contre les risques que comportent la technologie de la surrégénération, la métallurgie du sodium ainsi que le quintuplement d'échelle qu'il y a dans le passage du Phénix au Superphénix; nous nous sommes aussi attachés à souligner l'intérêt qu'ont les populations tant françaises que suisses ou étrangères concernées potentiellement dans leur sécurité à être informées de manière contradictoire dans des domaines où les savoirs d'experts sont sujets à controverses en raison notamment du caractère interdisciplinaire des problèmes posés.
     Parmi les documents attestant nos prises de position figurent notamment le Livre jaune sur la société du plutonium,
Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1981, les Actes des Auditions publiques organisées par l'Institut national genevois en 1982 sur le thème Energie et société, Les surgénérateurs vrai ou faux problème?, Genève, 1984, le Rapport des professeurs Jochen Benecke et Michael Reimann intitulé Das Gefahrenpotential des SUPERPHENJX, Kritik von Sicherheitsforschun~ und Risikoabschatxung, Munich, 1989, dont un Résumé en français a paru dans le numéro 1 de 1989 de la Gazette ds l'APAG, Genève, 1989.
Parmi les documents attestant nos prises de position figurent notamment le Livre jaune sur la société du plutonium, Editions de la Baconnière, Neuchâtel, 1981, les Actes des Auditions publiques organisées par l'Institut national genevois en 1982 sur le thème Energie et société, Les surgénérateurs vrai ou faux problème?, Genève, 1984, le Rapport des professeurs Jochen Benecke et Michael Reimann intitulé Das Gefahrenpotential des SUPERPHENIX, Kritik von Sicherheitsforschung und Risikoschätzung, Munich, 1989, dont un Résumé en français a paru dans le numéro 1 de 1989 de la Gazette de l'APAG, Genève, 1989.
     C'est vous dire que l'APAG n'a pas attendu la grave avarie du barillet de Superphénix, transformant ce dernier en sous-générateur, non plus que la récente découverte de l'oxydation du sodium du circuit primaire susceptible d'amorcer un bouchage de pieds d'assemblages et une excursion nucléaire, deux événements qui ont été déclarés à votre Service avec un retard qui se compte en semaines, pour s'élever contre les risques que constitue ce dangereux prototype pour les populations de notre région, voire pour celles d'Europe occidentale.
     L'objet de ces lignes est de vous conjurer d'exercer vos fonctions au plus près de votre conscience, au vu notamment des deux événements sus-mentionnés, pour refuser l'autorisation de redémarrage à la Centrale de Creys-Malville, de façon à éviter qu'elle ne donne lieu à un accident du type Tchernobyl, puisque aussi bien le réacteur de Malville et celui de Tchernobyl ont au moins en commun un coefficient de vide positif, ce que nos spécialistes ont toujours considéré comme une caractéristique  hautement  redoutable.
     Dans l'espoir que vous voudrez bien comprendre la légitimité des préoccupations qui nous animent et qui nous ont conduit notamment à la rédaction de ces lignes, nous vous prions, Monsieur, d'agréer nos salutations distinguées.
Pour le Bureau de l'APAG:
Lucien Borel       Ivo Rens
Vice-président Vice-président
     Copie à M Adolf Ogi, chef du Département fédéral des transports, des communtcations et de l'énergie, à Berne.
p.117
N.B. A l'heure où nous mettons ce numero de SEBES sous presse, c'est-à-dire à la mi-novembre 1990, ces deux lettres n'ont été honorées ni d'une réponse ni même d'un accusé de réception. N.d.la R.
1991: texte precedent