LA RADIOACTIVITÉ ET LE VIVANT

La radioactivité hors contrôle.
Exemples puisés dans la presse française en 1990
     Le Parisien, édition du 20 septembre 1990. A la «une»:

     «Décharges radioactives de l'Essonne: Les témoignages qui brisent le mur du silence... »

     «Décharges radioactives: des témoignages accablants
     «Dans 1'Essonne, les langues se délient. Des physiciens, des ingénieurs dénoncent la légèreté avec laquelle on a stocké depuis quarante ans des déchets de toutes sortes. Après Itteville, où l'on a constaté une teneur élevée en gaz radon, c'est à Saint-Aubin, près de Saclay, qu'on vient de relever un taux de radioactivité anormal... » (pp. 2-3)
 

     «Les silences du C.E.A.
     Jean Teillac, haut-commissaire à l'énergie atomique, fixe le 14 septembre un rendez-vous au Parisien pour le mardi 18. Comme il s'y était engagé lors de sa conférence de presse du 23 août dernier, il doit donner les résultats des mesures effectuées sur la déeharge d'Itteville.
     Mais le lundi 17, la rencontre est décommandée par le haut-commissaire. Officiellement, on explique que le C.E.A. «ne souhaite pas donner d'interviews en ce moment»... (p. 3)

*

     Le Parisien, édition du 25 septembre 1990

     «Décharge radioactive: Le C.E.A. avoue
     Sans le «Parisien», on n'en saurait toujours rien. La décharge de Saint-Aubin est bien radioactive.
     Pas radioactive la décharge de Saint-Aubin? Non, répondait jusqu'à vendredi le Commissariat à l'énergie atomique (C.E.A.). Hier, dans un document diffusé à certains journalistes seulement, le C.E.A. reconnaissait que les mesures effectuées pour le Parisien par le laboratoire indépendant de la C.R.I.I.R.A.D., à Valence, sont exactes!... »

     «Les élus demandent la nomination d'un expert indépendant
     Itteville, puis Saint-Aubin, c'est trop. Les élus demandent au CEA. (Commissariat à l'énergie atomique) des explications.
     Il faut nommer un expert indépendant à Itteville, sur le site du Bouchet. Je vous demande par ailleurs d'élargir la mission de cet expert au problème des décharges de l'Essonne.

suite:
     Sur celle de Saint-Aubin, il apparaîtrait que des mesures récentes montrent des taux de nocivité inquiétants. «Comme dans l'affaire du Bouchet, le député socialiste Thierry Mandon se mobilise pour Saint-Aubin... »

*

     Le Parisien, édition du 26 septembre 1990

     « Décharge de Saint-Aubin; Et maintenant, la bataille des experts
     Le patron du S.C.P.R.I. met en cause la fiabilité des analyses effrctuées par la CR.I.I.R.A.D. Cette dernière riposte et ne mâche pas ses mots.
     Après la guerre des chiffres, le professeur Pierre Pellerin, directeur du S.C.P.R.I. (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) a qualifié,  hier, les mesures de la C.R.I.I.R.A.D. de «tromperie». Dans un communiqué à l'A.FP, il affirme que «la décharge de Saint-Aubin ne présente aucun risque pour l'hygiène sur le plan de la radioactivité». Pierre Pellerin s'appuie sur des mesures scientifiques objectives' pour étayer sa démonstration... »
 
 
 

     Le Républicain, édition du 27 septembre 1990

     «Les souvenirs de la déposante de Saint-Aubin
'    Décidément, le Commissariat à l'énergie atomique (C.E.A.) n'a pas fini d'en découdre avec les indiscrets qui soulèvent les couvercles de ses 'poubelles nucléaires'. Mais cette fois, ses responsables sont tombés des nues en voyant rebondir, la semaine dernière, l'affaire de l'aire de Saint-Aubin. Cette 'déposante' (selon le jargon des gens de l'atome) est située au lieu dit 'L'Orme des merisiers', à deux kilomètres de l'enceinte close du Centre d'études nucléaires de Saclay.
     'C'est une vieille histoire' explique Paul Delpeyroux, le patron de Saclay. L'accusation de pollution du site de la déposante' avait été lancée en avril 1972. Le cri d'alarme était poussé conjointement par plusieurs scientifiques: 18.000 fûts de béton contenant des produits radioactifs étaient stockés à même la terre dans l'enceinte de Saclay et dans la déposante; cinq cents d'entre eux étaient fissurés. ''Ces conteneurs renfermaient des objets contaminés comme des gants ou des sur-bottes. A l'Orme - des - Merisiers, il y avait, en 1972, 2.484 blocs entreposés sur une dalle de béton de 1'300 m2. Deux cents d'entre eux étaient effectivement fissurés; réplique aujourd'hui le C.E.A.

p.63

     Souvenirs radioactifs
     En décembre 1973, tous les fûts avaient disparus de la 'déposante' et été transportés au centre de stockage de la Manche. Dossier classé pour le C.E.A. qui, depuis, dépose à cet endroit des chutes de tontes de gazon, des branches d'arbres coupées et des gravats provenant tous de Saclay.
     Alors comment expliquer qu'en début de semaine dernière, des journalistes - entrés clandestinement à l'intérieur du terrain
- équipé d'un compteur Geiger, aient relevé un taux de radioactivité bien supérieur aux normes? Souvenirs radioactifs de la 'belle époque' de la 'déposante'? [...]

     Les Amis de la Terre:
     Le C.E.A. ne dit pas la vérité
     - Le C.E.A. n'est pas transparent et dissimule des mesures et des analyses.
     - Suite aux prélèvements que les Amis de la Terre ont fait réaliser par la C.R.I.I.R.A.D., révélant des valeurs en radon dépassant 10.000 Bq par m3, les 12 et 13 juillet dernier, le C.E.A. réalisait des mesures sur la décharge radioactive du Bouchet, mais il n'en communiquait que trois parmi les nombreux autres!
     - Ces trois mesures révélaient déjà des valeurs en radon nettement supérieures à celles publiées la première fois par le
C.E.A.
     - Les mesures effectuées sur le bassin de décantation n'ont pas toujours été publiées, or l'une d'entre elles dépasse, aux environs de 23 h., les 28.000 Bq par m3.
     - Pas de valeur moyenne sérieuse puisque le graphique s'arrête avant la fin de la période observée et de plus ne mentionne que trois heures de mesure sur quarante-huit heures!
     - A quelques jours de la première rencontre entre experts scientifiques pour examiner les chiffres et mesures du C.E.A., les Amis de la Terre espèrent que celui-ci va se décider enfin à rendre public la réalité du site du Bouchet, avant qu'il ne perde définitivement toute crédibilité!

Les Amis de la Terre
Alain Coste, président.»
*

     Le Parisien, édition du 24 octobre 1990. A la «une»:
     «Nouvelles révélations du Parisien
     Décharge radioactive de l'Essonne: c'est de plus en plus grave.
     Cette fois, c'est du plutonium qu'on a détecté à Saint-Aubin!» «Du plutonium dans la décharge de l'Essonne (pp. 2 et 3)

     Le Parisien poursuit ses révélations sur les décharges nucléaires de l'Essonne. A Saint-Aubin, il n'y avait pas que du césium, de l'uranium et de l'américium sur le site, comme l'a prouvé le laboratoire de Valence. Cette fois, c'est un des meilleurs labos d'Europe, celui de l'Université de Brême, qui l'affirme: la terre est aussi contaminée au plutonium!

suite:
     Du plutonium dans la décharge de Saint-Aubin! On savait déjà, grâce au laboratoire indépendant, la C.R.I.I.R.A.D., qu'on trouvait un peu de tout dans cette poubelle nucléaire: du césium 137, de l'uranium 235, de l'américium 241... Et voilà qu'aujourd'hui un laboratoire allemand nous révèle l'impensable: du plutonium, c'est-à-dire un élément radioactif provenant du coeur même d'un réacteur nucléaire, a été sans doute stocké en plein air, à quelques centaines de mètres du Centre d'études nucléaires de Saclay.
     Le Parisien avait des doutes, depuis que la C.R.I.I.R.A.D. avait émis cette hypothèse après avoir analysé les quatre kilos contaminés que nous avions prélevés sur le site. C'est ce laboratoire qui nous a conseillé de nous adresser à l'Université de Brême, l'un des centres en Europe universellement reconnus pour la compétence de leurs expertises en la matiere.
     Jamais les Allemands n'avaient vu ça: 98,3 becquerels de plutonium 238 et 2.153 becquerels de plutonium 238 et 240 par kilo de matière sèche. Une dose énorme si l'on sait que le seuil dangereux d'inhalation est fixé à 20 becquerels par an. A titre de comparaison, on a mesuré en amont de la centrale nucléaire de Creys-Malville 10,6 millibecquerels par kilo de matière sèche en plutonium 238.
     A Brême, les experts ont décidé de faire décontaminer leur laboratoire après avoir étudié la terre de Saint-Aubin! Même si l'on connaît la paranoïa allemande pour tout ce qui est nucléaire, on peut quand même s'inquiéter. En France, comme d'habitude, la communauté scientifique est divisée sur le sujet. A quel seuil une matière radioactive devient-elle dangereuse? Autant de réponses que de savants. En revanche, la plupart sont d'accord sur un point: il est inadmissible d'avoir laissé, pendant des années, de la terre hautement contaminée en plein air. D'autant que la loi interdit tout stockage de plutonium en dehors d'installations conçues à cet effet, avec les autorisations nécessaires. Bien sûr, il n'est pas question pour le Parisien de faire du catastrophisme. Néanmoins, une question se pose, et toujours la même en matière de nucléaire. Le citoyen n'a-t-il pas le droit de tout savoir sur son environnement, surtout quand sa sécurité pourrait être en jeu? Souvenez-vous de Tchernobyl: pour apprendre que le nuage toxique avait survolé la France et empoisonné nos salades, il a fallu attendre les déclarations du laboratoire indépendant de Valence.
     C'est la C.R.I.I.R.A.D. et non pas le C.E.A. ou encore le Service central de protection contre les rayonnements ionisants du professeur Pellerin qui a donné les premiers chiffres.
     «On ne voulait pas affoler la population», ont déclaré les officiels. Un mutisme qui s'est répété à depuis ... à chaque fois, que le Parisien a posé des questions précises sur les décharges de l'Essonne.
     Hier, au Commissariat à l'énergie atomique, on se contentait de trouver «surprenants les chiffres du laboratoire allemand»...
     On aimerait pourtant bien qu'on nous prouve qu'on s'est trompé.»
Jacques Hennen
Gilles Verdez
p.64

     «Autour de la décharge: des bureaux et un ... centre aéré (p. 2)
     Tous les jours, des centaines de gosses jouent à quelques dizaines de mètres de la zone contaminée.
     Combien sont-ils ceux qui ont touché, respiré ou avalé le plutonium de la décharge radioactive de Saint-Aubin?»...

     «Au bout du voyage, la vérité sur quatre kilos de terre (p.2)
     De Saint-Aubin (Essonne), à Brème (Allemagne), en passant par Valence: les quatre kilos de terre prélevés dans la décharge radioactive ont suivi cet itinéraire avant de livrer leur secret:
contaminés par le plutonium.»

     «L'Université allemande veut faire décontaminer son labo (p. 3)
     Les spécialistes du laboratoire allemand de Brème sont sidérés. 'Plus de 2000 becquerels de plutonium 239-240 dans un kilo de terre en pleine nature, c'est une concentration jamais vue!', remarque le scientifique allemand. Des milliers de fois supérieure aux quelques traces infinitésimales que laissent les centrales nucléaires ou les essais aériens sur le territoire...»

     «Le C.E.A.: »Des chiffres surprenants» (p. 3)
     Robert Lallement, inspecteur général du Commissariat à
l'énergie atomique, est étonné. 'Nous n'avons jamais effectué de mesure de plutonium, car il n'y avait pas lieu d'en faire selon nous, explique-t-il. La présence de plutonium est logique, car nous savions déjà qu'il y avait de l'europium et du césium notamment. Ce sont des traces de traces...
     Les chiffres révélés par le laboratoire de l'Université de Brème sont surprenants, voire incohérents'... »

     «Révélations sur Saint-Aubin (p. 4)
     Antoine Waechter: «Il faut tout nettoyer et tout de suite!»
     «La population française n'est pas aussi bien protégée qu'on le dit du risque nucléaire!» Antoine Waechter, responsable national des Verts et député européen, n'en revient pas... »

     «Quatre décharges radioactives? (p. 4)
     L'Essonne n'a pas de chance avec les déchets nucléaires. Il n'y a pas qu'à Saint-Aubin qu'on se pose des questions. La décontamination de l'ancienne usine nucléaire du Bouchet, entre Ballancourt et Itteville, a laissé des traces...
     ..... A Coudray-Montceaux, ce sont 35.000 tonnes de déchets radioactifs que l'on a découverts dans une ancienne carrière et il y en aurait aussi deux mille tonnes sous le chantier de l'autoroute A87 entre Longjumeau et Chilly-Mazarin!...»

     «De laborieuses explications au fil des semaines (p. 4)
     A Saint-Aubin comme à Itteville, la première réaction du CEA a été de dire: "Pas de radioactivité. Des affirmations à chaque fois démenties par les analyses complémentaires de la CR.I.I.R.A.D., puis du laboratoire allemand... »

p.65

1991: texte precedent